Caroline Doré - Sexologue et psychothérapeute sur la Rive-sud de Montréal

LES SCHÉMAS PRÉCOCES D'INADAPTATION

Abandon / Instabilité
C’est la perception de l’instabilité ou de l’impossibilité de faire confiance à ceux qui donnent du support et de l’attachement. Cela amène un sentiment que les autres significatifs ne seront pas capables d’apporter de façon continue un support émotif, de l’attachement, de la force ou une protection quotidienne parce qu’ils sont émotionnellement instables et imprévisibles (ex. explosion de colère), peu fiables, ou présents de façon erratique ; parce qu’ils vont mourir prochainement ; ou parce qu’ils vont abandonner la personne en faveur de quelqu’un de mieux.

Méfiance / Abus
C’est le sentiment que les autres vont vous blesser, vous abuser, vous humilier, vous tromper, vous mentir, vous manipuler ou prendre avantage sur vous. Habituellement, cela comprend la perception que la blessure est intentionnelle ou le résultat d’une négligence extrême et injustifiable. Cela peut comprendre le sentiment que la personne finira toujours par se faire avoir par les autres ou de ne jamais avoir « le gros bout du bâton ».

Manque affectif
C’est le sentiment que le désir d’une personne pour un degré normal de support émotif ne sera pas adéquatement comblé par les autres. Il y a trois formes principales :

a) Carence de maternage : absence d’attention, d’affection, de chaleur ou de présence affective.
b) Carence d’empathie : absence de compréhension, d’écoute, d’ouverture ou de partage émotif mutuel avec les autres.
c) Carence de protection : absence de solidité, de direction ou de guide par les autres.

Imperfection / Honte
C’est le sentiment que la personne a d’être défectueuse, mauvaise, non désirée, inférieure ou inapte pour les choses importantes ou que la personne ne peut être aimée par les autres significatifs si on la connaissait vraiment. Cela peut comporter une hypersensibilité à la critique, au rejet et au blâme ; une sur-perception de soi, des comparaisons et de l’insécurité en présence des autres ; ou un sentiment de honte à propos ce qui est perçu comme des défauts. Ces défauts peuvent être privés (ex. égocentrisme, impulsions colériques, désirs sexuels inacceptables) ou publiques (ex. apparence physique peu désirable, maladresse sociale).

Isolement social
C’est le sentiment de la personne d’être isolée du reste du monde, différente des autres personnes ou ne faisant partie d’aucun groupe ou communauté. Toute personne qui a grandi en se sentant différente peut développer ce schéma : personnes surdouée, personnes ayant une famille connue, personnes extrêmement belles ou laides, personnes homosexuelles, personnes d’origine ethnique minoritaire, les enfants d’alcooliques, les survivants de traumatisme, personnes avec des handicaps, les orphelins ou les adoptés, personnes provenant d’une classe économique très élevée ou très basse.

Dépendance / Incompétence
C’est la croyance que la personne a d’être incapable de fonctionner avec les responsabilités de tous les jours de façon compétente, sans l’aide considérable des autres (ex. s’occuper de soi, résoudre les difficultés quotidiennes, avoir un bon jugement, faire de nouvelles tâches, prendre de bonnes décisions). Souvent la personne donne l’impression d’être désespérée.

Peur du danger ou de la maladie
C’est une peur exagérée qu’une catastrophe est imminente, que ça peut nous frapper à tout moment et qu’il est impossible de l’empêcher. Ces peurs sont centrés sur :
a) catastrophe médicale (crise cardiaque, sida, cancer) ;
b) catastrophe émotionnelle (peur de devenir fou) ;
c) catastrophe externe (chute d’ascenseur, attaque par des criminels, avion qui s’écrase, tremblement de terre).

Fusionnement / personnalité atrophiée
Une implication émotive excessive ainsi qu’une proximité excessive avec une ou plusieurs autres personnes significatives (souvent les parents) aux dépens de son individuation complète ou de son développement social normal. Souvent cela implique la croyance qu’une des personnes fusionnées ne pourrait pas survivre ou être heureuse sans le support constant de l’autre. Cela peut aussi inclure le sentiment d’être tenté par les autres, d’être fusionné ou de ne pas avoir une identité propre suffisante. La personne ressent souvent le sentiment de vide, de manque de but, et dans des cas extrêmes, la personne va jusqu’à questionner sa propre existence.

Échec
C’est la croyance que la personne a qu’elle a failli et qu’inévitablement elle va faillir à nouveau, ou encore qu’elle est fondamentalement inadéquate par rapport aux pairs dans les domaines de la réussite (école, carrière, sport, etc.). Souvent cela inclut la croyance d’être stupide, inapte, sans talent, d’un statut inférieur, moins apte au succès que les autres, etc.

Droits personnels exagérés / grandeur
C’est la croyance qu’on a d’être supérieur aux autres personnes, ce qui donne des droits et des privilèges ; ou qu’on n’est pas lié aux règles de réciprocité qui guide les interactions normales en société. C’est aussi l’insistance fréquente qu’on devrait avoir le droit de faire ce que l’on veut ou d’avoir ce que l’on veut, peu importe si c’est réaliste ou non, peu importe ce que les autres considèrent comme raisonnable, ou ce qui en coûte aux autres, ou un focus exagéré sur la supériorité (être celui qui a le plus de succès, reconnu, riche) dans le dessein d’avoir du pouvoir ou du contrôle (pas pour l’approbation ou l’attention). Quelques fois, cela inclut un esprit excessif de compétition avec les autres, de domination des autres : focus sur le pouvoir, forcer le point de vue des autres, contrôler le comportement des autres, sans empathie ou de préoccupation pour les sentiments des autres.

Contrôle de soi / autodiscipline insuffisants
C’est la difficulté envahissante ou le refus d’exercer un autocontrôle et d’avoir une tolérance à la frustration afin d’atteindre des buts personnels ou de restreindre l’expression excessive de ses émotions et impulsion. Dans la forme mineure, le patient présente une emphase exagérée sur le fait d’éviter l’inconfort; éviter la douleur, les conflits, la confrontation, ses responsabilités ou encore en fait de façon excessive aux dépens de la réalisation personnelle, de l’engagement et de l’intégrité.

Assujettissement
Un abandon du contrôle de sa propre vie aux autres parce que la personne se sent forcée ; un assujettissement dans le but d’éviter la colère, la vengeance ou l’abandon. Les deux formes principales sont :

A. Assujettissement des besoins : la suppression de ses préférences, décisions et désirs.
B. Assujettissement des émotions : suppression des émotions, en particulier la colère.

Cela implique habituellement la perception que ses propres besoins, opinions, sentiments ne sont pas valables ou importants pour les autres. Présente fréquemment une compliance excessive, combinée avec une hypersensibilité au sentiment d’être prisonnier de la situation. Conduit généralement à une accumulation de colère se manifestant par des symptômes mal adaptés (comportement passif-agressif, explosion incontrôlée d’impatience, symptôme psychosomatique, retrait affectif, passage à l’acte, abus de substance).

Abnégation
C’est le focus excessif sur le fait de volontairement rencontrer les besoins des autres dans les situations de tous les jours aux dépens de sa propre gratification. Les raisons les plus fréquentes sont : éviter de blesser les autres, éviter la culpabilité de se sentir égoïste, ou pour maintenir l’attachement des autres perçus comme demandant. Résulte souvent d’une sensibilité aiguë à la souffrance des autres. Amène à sentir que ses propres besoins ne sont pas adéquatement comblés ce qui conduit au ressentiment face à ceux dont on s’occupe (ce qui se rapproche de la co-dépendance).

Recherche d’approbation et de reconnaissance
Il s’agit de l’emphase excessive mise sur le fait de recevoir l’approbation, la reconnaissance ou l’attention des autres personnes ou sur le fait de faire partie du groupe aux dépens du fait de développer un solide et réel sens d’être soi-même. L’estime de soi est alors dépendante de façon première des réactions des autres plutôt que de ses propres inclinations naturelles. Quelques fois, cela peut inclure l’emphase excessive sur le statut, l’apparence, l’acceptation sociale, l’argent ou la réussite comme moyen d’obtenir l’approbation, l’admiration et l’attention (et non pas de façon première pour le pouvoir ou le contrôle). Fréquemment cela conduit à faire des choix de vie ou à prendre des décisions importantes qui ne sont pas authentiques ou insatisfaisantes ou en réaction à une hypersensibilité au rejet.

Négativité / Pessimisme
C’est un focus envahissant, présent durant toute la vie, sur les aspects négatifs de lavie (douleur, mort, perte, déception, conflit, culpabilité, ressentiment, problèmes non résolus, erreurs potentielles, trahison, choses qui peuvent mal tournées, etc.) tout en minimisant ou en négligeant les aspects positifs ou optimistes. Habituellement, cela inclut des attentes exagérées – dans un large éventail de situations au travail, de finance personnelle, ou les relations interpersonnelles – que les choses vont résolument mal aller, ou que les aspects de la vie d’une personne qui fonctionnent bien vont à la fin s’écrouler. Habituellement, cela inclut une peur imprécise de faire des erreurs qui vont nous mener à une faillite, une perte, une humiliation ou être prisonnier d’une mauvaise situation. Parce que ces personnes exagèrent la possibilité de résultat négatif, elles sont fréquemment caractérisées par la présence chronique de préoccupation, la vigilance, des plaintes continuelles ou l’indécision.

Surcontrôle émotionnel
C’est l’inhibition excessive des actions, des sentiments ou de la communication spontanés, habituellement pour éviter la désapprobation par les autres, de se sentir honteux, ou de perdre le contrôle sur ses impulsions. Les domaines les plus fréquents de l’inhibition impliquent : a) l’inhibition de la colère et de l’agressivité ; b) l’inhibition des pulsions positives (joie, affection, excitation sexuelle, jeu) ; c) difficulté d’exprimer la vulnérabilité et de communiquer librement à propos de ses sentiments, ses besoins, etc. ; d) l’emphase excessive sur le rationnel aux dépens des émotions.

Idéaux exigeants / critique excessive
C’est la croyance profonde de devoir performer pour atteindre des standards internes de comportements et de performance, habituellement pour éviter la critique. Amène habituellement des sentiments de pression ou la difficulté à ralentir et dans l’hypercritique envers soi et les autres. Implique une diminution significative du plaisir, de la relaxation, de la santé, de l’estime de soi, du sentiment d’accomplissement ou des relations satisfaisantes.

Les exigences élevées se présentent souvent :
a) sous forme de perfectionnisme, l’attention trop importante aux détails, ou le fait de sous-estimer à quel point sa propre performance est bonne face à la norme ;
b) sous forme de rigidité des règles, et des « il faut » dans plusieurs domaines de la vie, incluant des valeurs morales irréalistement élevées ou éthiques, culturelles ou religieuses ;
c) sous forme d’une préoccupation pour le temps et l’efficacité, le besoin d’en faire plus.

Punition
C’est la croyance que les personnes devraient être sévèrement punies pour avoir fait des erreurs. Cela inclut la tendance à être colérique, intolérant, punitif et impatient avec les personnes (incluant soi-même) qui ne rencontrent pas ses attentes personnelles ou ses standards. Habituellement, cela inclut une difficulté à pardonner ses erreurs personnelles et celles des autres parce qu’il est difficile de considérer les circonstances atténuantes, les imperfections humaines ou de développer des sentiments d’empathie.